Dourgne et ses environs


Dourgne et ses environs :


Au pied de la Montagne Noire, Dourgne offre un cadre préservé où les amateurs de gastronomie, de randonnées, d'histoire et d'activités sportives originales se retrouvent. Car ici chacun trouve son bonheur. Les uns dans la diversité de paysages et de terrains proposée par Dourgne, d'autres dans les produits du terroir, d'autres dans la richesse culturelle et patrimoniale du Pays de Dourgne. Un lieu pluriel. A l'image du Tarn. 

Envie de grand air ?

Vous êtes nature et grand air, alors vous vous régalerez dans les sentiers de randonnée de la Montagne Noire. Appréciez les panoramas, le roc de la Bade, la Vallée du Baylou et les nombreux petits trésors cachés au détours des chemins (pigeonniers, croix, fontaines...).

Les traditions du village de Dourgne

le mystère des quatre saints.

Souvent, une ville ou un village se trouve sous la protection d'un saint : ainsi, Paris et sainte Geneviève, Toulouse et saint Sernin... Mais Dourgne, village plus modeste par le nombre d'habitants, a néanmoins le privilège d'être sous la garde de rien moins que quatre saints ! Ils s'appelaient Stapin, Ferréol, Macaire et Hippolyte (Chipoli). Ils étaient frères. Stapin et Macaire étaient de pieux ermites, Ferréol bouvier et Hippolyte un soldat romain. Tous périrent martyrs. Ils auraient vécu quelque part dans les ages sombres, vers le VIIe ou VIIIe siècle de notre ère. Nous n'avons aucune source d'information réellement « historique » à leur sujet, mais seulement des traditions populaires et ecclésiastiques, ainsi qu'un certain nombre de rituels liés à leur culte. Il existe aussi un certain nombre de lieux où ils sont censés avoir vécu. C'est donc à une promenade rêveuse dans les traditions du Languedoc que je vous convie. Saint Stapin l'insaisissable. 

Stapin est sans doute la figure à la fois la plus connue et la plus ambiguë de ces quatre saints. Il semble cumuler les attributs d'un saint catholique avec ceux d'un géant légendaire. Enquête sur un étrange personnage. Saint Stapin le saint.Saint Stapin apparaît avant tout, son nom l'indique, comme un saint. Deux sources de renseignements à ce sujet : le tradition ecclésiale et la tradition populaire.-La tradition ecclésiale.L'Eglise l'a reconnu comme saint depuis le XVIIe siècle au moins, où il est cité dans les Actes des saints des Bollandistes, mais le culte est attesté antérieurement. Elle le fête le 6 août, et l'invoque contre une maladie articulatoire, la goutte, d'où la popularité de son culte qui, parti de Dourgne, s'est étendu dans plusieurs pays d'europe : on lui attribue plusieurs miracles dans la guérison de personnes souffrant de troubles de la locomotion. D'où le surnom de Stapin « patron des podagres ». L'Eglise considère que Stapin est en fait le nom populaire d'Etienne, évêque de Carcassonne au VIIe siècle, et qui mourut martyr (il est inscrit au martyrologe romain).-Stapin ermite.La tradition populaire nous fournit d'autres renseignements sur Stapin. Il était ermite sur le plateau appelé aujourd'hui désert de Saint-Ferréol, au-dessus de Dourgne. Là, il se tenait dans un cercle de pierres blanches, où il priait sans cesse, si bien que la forme de ses jambes s'était empreinte dans le rocher, au lieu dit les Genouillades (Ginoulhados). Face à lui se tenait Satan qui le tentait, dans un cercle de pierres noires. Et si l'on se rend sur place, effectivement, l'on constate la présence de pierres plus ou moins sombres, ainsi que de différents phénomènes d'érosion de la roche.-la mort de Stapin.On ajoute que Stapin attira par sa sainte vie beaucoup de curieux, et qu'en ces temps troublés on lui proposa l'évêché de Carcassonne, qu'il finit par accepter, non sans avoir tenté de se dérober à cet honneur en se cachant dans un cluzel (souterrain). Chassé par l'invasion arabe, il revint ensuite à Dourgne où il mourut vers 720 selon Montagné. On ramena son corps de Carcassonne à Dourgne dans un char. Le char s'arrêta à Ventenac-Cabardès sans pouvoir avancer, jusqu'à ce qu'on construise en ce lieu une chapelle à lui dédiée. Puis, la dépouille repartit vers à Carcassonne où elle fut enterrée.

Stapin le géant. Par ailleurs, d'autres légendes populaires donnent à Stapin d'autres aspects qui cadrent moins avec l'idée que l'on se fait d'un saint, mais plutôt avec la figure d'un géant de légende. Ainsi la coutume du repas gargantuesque liée à lui, et qui existait encore sous Napoléon III : « Le jour du 6 août [la fête de SS], encore sous Napoléon III, on plaçait un homme que l'on déguisait en saint Stapin dans la chapelle à la place de la statue du saint durant les offices. Ce personnage devait ensuite avaler un repas énorme formé traditionnellement de haricots. Il s'en suivait des jeux et des danses. » D'autres traditions orales prêtent à Stapin et à ses frères une force herculéenne : « Ils étaient quatre frères qui en des temps fabuleux habitaient les environs de Dourgne : Macaire, Hippolyte, Ferréol et Stapin. Ces frères se jetaient des meules de moulins, en guise de palais, d'une montagne à l'autre. » Stapin est lié à des rituels de fécondité, attachés à sa chapelle dans le vallon du Taurou à Dourgne. Ainsi, selon Y. Blaquière, des habitants de Vaure (près de Revel) venaient toucher le verrou de la chapelle consacrée à Stapin pour avoir des enfants. Il est également lié à un rituel de circumambulation : les malades devant faire 9 fois le tour de la chapelle. Or la symbolique de la rotation évoque infailliblement par analogie les corps céleste et le pouvoir du soleil. Qui est donc Stapin ? Un saint ou un géant ?

Il y a donc dans saint Stapin le mélange d'un saint chrétien et d'autres aspects que l'on trouve identifiés dans la tradition à des géants (le repas gargantuesque) ou à des fées (l'aide dans la conception des enfants, la sacralisation de l'eau). Y a-t-il eu christianisation d'un culte païen ancien ? C'est ce que les érudits positivistes du XIX n'ont pas hésité à affirmer, disant que Stapin avait été une sorte de druide, ce dont l'on a d'ailleurs aucune preuve. Plus simplement, B. de Viviès pense que Stapin ne pouvait dériver étymologiquement d'Etienne, mais seulement du verbe stapiner, qui signifie « se tenir debout » ou "danser d'un pied sur l'autre". Ou bien y a-t-il eu réappropriation par le peuple d'un saint reconnu par l'institution ecclésiale ? L'Eglise a en effet plusieurs fois réagi contre certains excès superstitieux du culte du saint, au point même d'interdire le pèlerinage au XVIIIe siècle à la suite de certains « excès ». On ne le saura sans doute jamais, tant dans ce personnage unique se mêlent de manière indissociable des traits chrétiens et des traits plus légendaires. La seule chose dont on est sûr c'est l'attachement émouvant et infiniment respectable des dourgnols, comme de la communauté monastique d'En Calcat, à saint Stapin et à son culte, qui est éminemment respectable pour son ancienneté et son importance dans la cohésion de la communauté. En méditant sur tout cela, vous pouvez vous rendre sur le plateau de Saint-Ferréol, au-dessus de Dourgne, où se trouve une chapelle édifiée après la seconde guerre mondiale ( à la suite d'un vœu de la population lors de la dernière guerre) près des genouillades et des pierres où vivait l'ermite, et dans le vallon du Taurou, où se trouve une petite chapelle où se déroulaient autrefois les pèlerinages à saint Stapin. Saint Ferréol et saint-Stapin, et la symbolique du franchissement de la Montagne noire. Stapin avait un frère, Ferréol, qui, contrairement à lui, était un véritable mécréant. Un jour qu'il conduisait une charrette, sur le plateau qu'il domine Dourgne, le diable le fit s'embourber. Ferréol invoqua Dieu, lui promettant de changer de vie s'il le sortait de ce mauvais pas. Ce qui arriva effectivement, saint Ferréol devenant finalement un saint. Quel est l'élément réel qui se cache derrière ce récit ? La légende de saint Ferréol est liée au franchissement de la Montagne noire, sur une voie très ancienne, le Cami Ferrat ou Saïssaguès. C'est une voie de passage, peut-être ancienne voie romaine, ou chemin de pèlerins. Ce qui viendrait corroborer cette interprétation, c'est que dans un conte de la Montagne noire recueilli au XIXe siècle, l'Oiseau bleu, saint Stapin apparaît sous les traits d'un pèlerin. Pour l'homme d'autrefois, les déplacements, notamment ceux à finalité religeiuse (les pèlerinages) revêtaient une dimension symbolique très forte. Le long du chemin saissaguès ou d'autres chemins, dans la montagne noire, ou du côté de Saissac et d'Arfons, mégalithes, croix et de pierres à cupules, signes d'une sacralisation de l'espace, lié au passage de la montagne. Celle-ci remonte peut-être au néolithique et aux premiers agriculteurs. La légende de saint Ferréol serait un des derniers vestiges de cet espace sacré. Saint-Macaire et Saint Hippolyte.Venons-en eux deux derniers frères. Macaire était un ermite qui vivait dans un vallon où se dresse aujourd'hui un oratoire et une fontaine sacrée. Une coutume ancienne voulait que les malades se lavent avec un linge trempé de l'eau de la fontaine, qu'il laissaient ensuite sur place (les mouniès, qui ont donné leur nom au lieu). La pratique est attestée en de nombreux autres endroits.Hippolyte, était un soldat romain. Quant à lui, il est associé à un site où se tenait une chapelle, et où auparavant s'était tenu un oppidum celte et un camp romain (fouilles). Là avait lieu autrefois un pèlerinage, le saint étant évoqué, comme son frère Stapin, pour les maux de jambes. 

Le mystère des quatre saints. Pourquoi quatre saints ? Car leur quaternité dessine un espace sacré. Leur présence en différents endroits du territoire de Dourgne donne un sens religieux à différents lieux. On peut ainsi formuler l'hypothèse d'un lien entre chacun des saints et un élément : ainsi, Hippolyte est relié à l'air (on l'évoquait contre le vent d'autan), ou Macaire à l'eau (la source), etc. Il n'en reste pas moins que ces légendes nous permettent de concevoir le rapport des anciens à l'espace, diamétralement opposé à celui des modernes : un espace semé de lieux sacrés et de rituels. Une invitation, quand nous croisons une chapelle ou une croix, à nous interroger sur ce qui a pu pousser les hommes d'autrefois à poser un témoignage de leur foi en tel ou tel lieu. A voir sur place. A Dourgne, vous pouvez visiter les lieux en rapport avec les traditions et les rites des quatre saints :-le plateau de saint-Ferréol, avec la « capelette », les genouillades et les cercles de pierres de la légende. -la chapelle de Saint-Stapin (près du camping).-le roc de l'Abbade (statue géante de saint Stapin, monument emblématique).-l'oratoire de Mouniès (chapelle à ND de Fatima).-les vestiges du site de saint Hippolyte (ancienne chapelle, camp romain).Un agréable sentier pédestre dit des quatre saints fait le tour de ces sites en 5 heures environ. Le descriptif est à l'OT de Dourgne et dans le guide de randonnées Chamina « Montagne noire ». 

Bibliographie. A. Montagné, Saint-Stapin évêque de Carcassonne. V. Ferras OSB (auteur de divers ouvrages et articles sur Stapin et l'hagiographie locale).B. de Viviès, Saints et géants au pays de Dourgne (reprise d'une thèse soutenue à l'EHESS). Source :  https://polymathe.over-blog.com/